Le directeur d'un journal comorien suspendu

Le directeur d'un journal comorien suspendu

Aux Comores, les journalistes qui veulent critiquer le gouvernement n'ont pas leur place dans les médias publics.
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Le président de l'Union des Comores Ikililou Dhoinine (AFP)

Le ministre de l'Intérieur des Comores Ahamada Abdallah a fait retirer des kiosques la dernière livraison du supplément magazine du quotidien Al Watwan et suspendu mardi par arrêté son directeur à la suite d'un dossier critiquant l'état des finances publiques.

Hier dans la matinée, le ministre de l’Intérieur et de l’information Hamada Abdallah a rendu public un arrêté portant suspension du directeur de la publication d’Al-Watwan, Petan Mognihazi, et un autre consacrant la nomination d’un « remplaçant » pour assurer l’intérim en la personne de Hassan Moindjié alias, actuel secrétaire de rédaction.

 « Pétan Mouignihazi est suspendu de ses fonctions de directeur général d'Al-Watwan », selon l'arrêté ministériel paru au lendemain de la publication lundi d'un dossier paru sous le titre « Finances Publiques : entre absence de vision, désordre, gabegie et…indécence ».

« Tout journaliste d'un média d'Etat qui veut avoir la liberté d'écrire ou de parler a l'obligation de s'aligner sur le gouvernement, ou avoir l'honnêteté intellectuelle d'aller exercer ailleurs, dans un organe privé. Le gouvernement n'a pas de leçons à recevoir d'Al Watwan », a justifié le ministre lors d'un point de presse.

Par ailleurs, Hamada Abdallah a annoncé l’installation officielle du Conseil National de la Presse et de l’audiovisuel (CNPA), le 17 avril prochain au palais du peuple. « Je crois en cette instance pour mettre de l’ordre dans la façon d’informer dans les médias comoriens », soutient le ministre.
Enfin, le ministre a insisté à plusieurs reprises sur le fait que «la liberté d’expression dans les médias d’Etat a des limites».

« Les mêmes pratiques et procédures de dépenses dénoncées hier comme de graves dérives, à l'origine des accumulations structurelles des dettes, n'ont jamais été rectifiées. Le circuit de la dépense est vicié », ouvrant « naturellement la voie à tous les abus, les bénéficiaires des dysfonctionnements sont parfois les agents du circuit eux-mêmes », avec la complaisance du ministère des Finances « qui couvre » certaines de ces pratiques, dénonce l'article.

Le journal évoque « des dérives mafieuses » au sein de l'administration financière, favorisées par l'inexistence juridique des créanciers de l'Etat, dont « 68% n'ont aucune identité fiscale auprès des services des impôts ».

Le journal affirme, sur la foi d'un contrôleur financier, Ali Mlindé, que la situation permet à l'Etat de "continuer à régler des factures pour des équipements non livrés et des travaux jamais réalisés".

Le président Ikililou Dhoinine a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités et en janvier il avait exhorté les journalistes à « s'engager dans le journalisme d'investigation » sur les malversations « qui gangrènent le pays ».

Il avait aussi assuré de sa « détermination à veiller à ce que durant (son) mandat, aucun journaliste ne soit privé de sa liberté pour ses opinions ».

Le dernier classement de Reporters Sans Frontières en matière de liberté de la presse a placé les Comores à la 45ème place, en progression de 25 points.

Source: AFP

 

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