Les medias sociaux au premier plan du débat sur la liberté.

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Dessin de presse de Khalid Albaih

 

Après 3 jours de délibération, les défenseurs de la liberté de la presse réunis dans la Tunisie de l’après révolution ont fait une déclaration à travers laquelle ils reconnaissaient notamment le rôle des medias sociaux comme facteur de « liberté d’expression et de transformation démocratique».

La « Déclaration de Carthage » rendue publique samedi 5 mai lors de la clôture du sommet annuel de l’UNESCO pour marquer la journée mondiale de la liberté de la presse, appelle toutes les partis « à promouvoir les bloggeurs et la participation des journalistes-citoyens dans les medias ». Dans le même temps, la déclaration exhorte les professionnels des medias et les utilisateurs de medias sociaux « d’assurer un travail de qualité, libre et divers tout en respectant les standards professionnels et en évitant les influences économiques, politiques et  autres ».

Cette année la conférence intitulée « Nouvelles voix : la liberté de la presse contribue à transformer la société » s’est tenue du 3 au 5 mai et a été organisée en collaboration avec le gouvernement tunisien. Parmi les invités prestigieux des bloggeurs, des cyber-activistes d’Egypte, de Syrie et de tout le monde arabe.

Après la cérémonie de remise du prix de Liberté de la Presse et les festivités au palais présidentiel la veille, les discussions ont débuté vendredi matin au Palace Hotel de Carthage.

La Prix Nobel de la paix Tawakkol Karman a lancé un appel vibrant aux gouvernements arabes lors de son discours. La journaliste yéménite a déclaré : « la liberté arrachée par de jeunes gens qui se sont sacrifiés pour faire tomber la dictature doit être encrée dans la constitution »,  peu après l’hymne nationale tunisien a retentit, « l’hymne de la révolution arabe » a dit Tawakkol Karman.

Transformer les sociétés.

La table ronde principale composée du directeur du département des Nouveaux Medias d’Al Jazeera, Moeed Ahmad, et de la bloggeuse Lina Ben Mhenni, a tenté de comprendre la place de la jeunesse et des medias sociaux dans une société en mutation.

Ahmad a expliqué qu’Al Jazeera, à travers sa plateforme de reportage Sharek, cherche à collaborer avec de nouveaux talents dans la région. Il a annoncé un projet de lancement d’une meilleure version de ce site internet au cours des prochains mois.

Lina Ben Mhenni a loué les acquis de la révolution tunisienne qui selon elle « a libéré le pouvoir d’innovation dans son pays » mais elle reste perplexe sur l’avenir des médias de la Tunisie: «Le seul aspect que j’aurais souhaité voir disparaître est la détermination de certains à vouloir contrôler les médias ».

Le temps fort de cette discussion a sans doute été l’hommage rendu à des bloggeurs par Franck La Rue, le rapporteur spécial des Nations Unies pour la promotion et la protection des droits d’opinion et d’expression. « Je pense qu’il est important de considérer tous les bloggeurs comme des journalistes- citoyens et la même protection doit leur être apportée» a déclaré M. La Rue.

Il a identifié deux grands défis : l’arrêt des violences (22 journalistes, bloggeurs, cyber-activistes tués depuis le début de l’année) et le combat contre la censure en augmentation à travers le monde.

L’engagement public

Plus tard dans la journée, Le Centre de Doha pour la liberté des Médias a eu la chance de partager avec l’audience ses activités accomplies auprès des plus jeunes. Rania al Husseini  a expliqué l’objectif et le déroulement du programme d’éducation médiatique de DCMF.

Le programme que dirige Al Hussein au Qatar s’étale sur cinq ans et tend à enseigner à plus de 120 écoles les bases de l’information et de la liberté de la presse. « Nous démontrons aux écoliers qu’il n’y pas qu’une vérité mais plusieurs versions de l’histoire, nous leur apprenons de quoi l’information est composée et pourquoi ce métier est tellement difficile. Nous offrons aux écoliers l’opportunité d’écrire leur propre article ».

C’est la première fois que le Qatar applique ce type de programme. Un sondage effectué sur des enseignants à travers le pays a révélé l’importance d’un tel programme. Concernant la question de la liberté de la presse, les personnes interrogées étaient divisées ; 36% pensent que la presse ne subit aucune restriction et 35% admettent qu’il y a des limites à ne pas dépasser.

Concernant d’autres moyens pour s’engager auprès des différentes communautés, la directrice de communication chez Google Moyen-Orient et Maghreb a rappelé qu’il était important de garder un œil attentif et de connaître les attentes du public. « Une grande partie de l’information qui circule sur internet s’échange au sein d’une communauté qui définit quelle histoire elle juge importante. Chez Google,  nous l’appelons « la sagesse de la foule » » a déclaré Maha Abouelenein,.

La cyber-sécurité

Au-delà de simples engagements, un autre aspect important abordé samedi concernait l’influence des individus ou organisations sur les medias sociaux et sur la protection de leur utilisation.

La journaliste bahreïnienne Lamees Dhaif a déclaré au cours d’un débat organisé par DCMF :  «  les medias sociaux ont donné l’opportunité à la jeunesse de couvrir la révolte différemment des médias traditionnels. Ces personnes ne sont pas des journalistes mais elles pratiquent le journalisme d’une façon plus professionnelle. Les medias sociaux ont percé grâce au sens de responsabilité de ses utilisateurs, ils n’ont pas d’agenda politique eux».

Un autre intervenant, Abu Al Hayjaa M.Majeed de la Coalition pour la Sécurité de l’Information a offert des astuces afin de se protéger sur le net.

  1. Utilisez un bon anti-virus, payant et pensez à utiliser un anti-malware.
  2. Cryptez vos communications en utilisant Skype chat, Gmail chat qui utilisent un système sécurisé.
  3. Cryptez vos données sur votre disque dur en utilisant Windows 7, vous pouvez utiliser BitLocker. Pensez également à sauvegarder vos données au moins une fois par semaine et utilisez un programme de sauvegarde afin de ne pas avoir à communiquer vos données personnelle.
  4.  Utilisez un programme régulièrement mis à jour.
  5. Utilisez des mots de passe difficiles même sur votre page d’accueil et faites en sorte que le mot de passe de la page d’accueil soit demandé à intervalle régulière.
  6. Pensez à utiliser une carte sim internationale lors de vos déplacements à l’étranger afin d’être plus discret dans certains pays.
  7. Crypter votre téléphone.
  8. N’ouvrez jamais de pièce jointe ou de liens en provenance d’individus que nous vous ne connaissez pas.
  9. Surfez sur internet anonymement.
  10. Utilisez des HTTPS dès que possible.

Après ces astuces, le débat s’est orienté sur la protection des journalistes et des cyber-activistes. Bill Echikson, le directeur de la liberté d’expression et des relations publiques chez Google Europe et Moyen Orient est franc sur le sujet : « ils ne peuvent pas garantir une sécurité à 100%  aux utilisateurs de leurs services ».

« Les compagnies ne peuvent pas garantir que vous soyez protégés en utilisant leurs produits, cependant nous pouvons ensemble tenter d’éviter la remise du produit au gouvernement plutôt que de faire la course pour le remettre en premier » dit-il, préconisant la politique de Google en faveur de la réduction de divulgation d’information aux gouvernements et en faveur de la vérification de chaque demande.

A la fin du forum, la « Déclaration de Carthage » a réuni les grandes lignes de ces deux jours de discussions; comprendre «  le lien historique entre culture, loi et pratique du journalisme ». La conférence a appelé à l’autonomie des « femmes et des jeunes lors de leur participation dans les medias traditionnels».

L’appel pour promouvoir un espace plus divers et permettre aux gouvernements de financer des medias comme service public et d’abroger la loi sur la diffamation a été un discours fort accepté sans hésitations par l’assemblée.  

Enfin, le message adressé aux personnes qui utilisent les medias sociaux pour relayer l’information était clair avec l’empressement de créer une culture d’autorégulation pour  gagner la confiance du public.

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