Ali Dilem, le dessinateur des Algériens

Ali Dilem, le dessinateur des Algériens

Ali Dilem, c'est l histoire d'un dessinateur de presse révolté qui s'est assagi mais a toujours eu son mot à dire malgré le prix à payer .
article image

« Je suis un algérien normal né dans une famille normale… et puis y a eu 1988. »

Ali Dilem, c’est l’histoire d’un jeune révolté qui s’est assagi mais a toujours eu son mot à dire malgré le prix à payer. Trainé en justice plus d’une cinquantaine de fois par les autorités algeriennes, Ali Dilem est « devenu dessinateur de presse par souci d’exister »

Pendant la décennie noire des années 1990, ce dessinateur de presse a eu « à commenter des massacres au quotidien » en Algérie.

Menacé de mort, Ali Dilem a fini par quitter son pays, se réfugiant à Paris par dépit et par instinct de survie. Il y a découvert la douleur de l’exil et son besoin de liberté.

Depuis l’Algérie s’est relevée et Dilem qui avait participé aux soulèvements étudiants de 1989 a conquis le cœur des algériens. Le dessin de presse est devenu une tradition dans la presse algérienne.

Aujourd’hui, Dilem se sent libre de croquer les généraux qui dirigent le pays, ses victimes préférées à qui il donne des « visages un peu dadais », entre deux audiences au tribunal.

Qui préférez-vous croquer?

Les militaires algériens! Il y en a qui me reprochent de les faire un peu plus sympathiques qu’ils ne le sont en réalité.

 

Peut-on tout dessiner en Algérie?

C’est incroyablement plus facile de dessiner l’Algérie aujourd’hui que dans aucun autre pays. On peut tout dessiner. Maintenant, il s’agit de responsabiliser cette ligne qui tient la plume. Il ne faut pas être trop inconséquent par rapport à ce qu’un dessin pourrait produire.

L’exemple que l’on cite le plus souvent quand on parle de sujets sensibles et de dessins de presse, c’est les caricatures de Mahomet. Je ne le ferai pas. Je réfléchirais avant de faire un dessin qui ferait du mal à des millions d’Algériens. Vous pouvez appeler ca censure ou tabou ou ligne rouge ou tout ce que vous voulez mais le propre du dessin c’est pas la haine c’est pas dénoncer, c’est pas haïr. Se révolter ce n’est pas détester. Il ne faut pas que le rejet soit le moteur premier du dessin.

Choisissez-vous vos sujets?

Contrairement a d’autres rédactions et contrairement aux autres collègues du monde entier, je ne propose pas plusieurs dessins a la rédaction. Je ne leur donne qu’un dessin et c’est le dessin qui passe. Il y a une espèce de contrat de confiance entre la direction et le dessinateur qui fait que même le directeur s’interdit de voir le dessin avant parution. A la rédaction, je ne leur donne qu’un dessin et c’est le dessin qui passe…. Je suis le seul et unique responsable de ce que je publie dans l’espace qui m’est réservé dans le journal tous les jours depuis des années.

Comment vivez-vous vos confrontations avec la justice?

Je suis dessinateur, je ne suis pas au dessus des lois… La justice étant ce qu’elle est en Algérie, je joue le jeu. J’ai pas un profond respect pour les hommes qui la représentent… je me plie a l’idée de justice. Je me présente a chaque fois que je suis convoqué. J’assiste à mes procès.

Sur la soixantaine de procès, j’en n’ai gagné aucun. J’ai pas fait de prison, j’ai fait des gardes a vue. J’ai été arrêté sept fois. Je n’ai pas à expliquer mes dessins.

De quoi êtes-vous le plus souvent accusé?

La plupart du temps c’est diffamation. Et ca peut aller jusqu'à atteinte au moral des troupes. Ils essayent de me fatiguer. J’essaye de défendre mes dessins mais franchement quand vous êtes en face d’un juge qui vous dit « expliquez moi votre dessin » qu’est-ce que vous voulez lui dire ? Soit vous l’interdisez, soit vous l’autorisez. Et si vous l’autorisez, c’est pas la peine de discuter des limites, c’est pas la peine de prendre un double décimètre et de se dire voilà jusqu’ou on peut aller, voilà les limites a ne pas dépasser.

Vous dites qu’on est en démocratie, alors la démocratie exige que des citoyens , a fortiori des journalistes ou des dessinateurs de presse, puissent s’exprimer sur les sujets qui intéressent les citoyens.

Etes-vous plus sage qu’il y a vingt ans ?

Je suis peut-être un peu plus posé dans mes dessins. Je déteste le civisme dans les dessins. Je déteste le dessin premier degrés. Je suis sage quand l’actualité l’est.

Qu’avez-vous apporté au dessin de presse algérien ?

Je n’ai pas hérité d’une tradition de dessin politique. Avant ca, il n’y avait pas de dessin de tradition politique. Les dessinateurs touchaient plus ou moins à ce qui était social, surtout l’international.

Les gens avaient faim de cette manière de s’attaquer aux puissants et les puissants en Algérie on en parle même pas donc pour les attaquer il fallait se lever de bonheur. Parce qu’on disait que si tu touches à un général le lendemain on trouve ton cadavre au fond de l’Oued el harash.

 

 

All rights reserved, Doha Centre for Media Freedom 2013

Designed and developed by Media Plus Jordan