Anabel Hernandez, une plume qui défie les cartels

Anabel Hernandez, une plume qui défie les cartels

Anabel Hernandez est une journaliste d'investigation, pleine de fougue et de talent, qui a mérité le prix 2012 de l'Association mondiale des journaux et des médias d'information.
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Anabel Hernandez

Anabel Hernandez est une journaliste d'investigation, pleine de fougue et de talent, qui a mérité le prix 2012 de l'Association mondiale des journaux et des médias d'information.

Comme de nombreux journalistes au Mexique, sa vie est en danger, mais elle continue de se battre.

Dans un entretien avec le Centre de Doha pour la Liberté des Médias, la journaliste nous raconte son combat contre les cartels de la drogue mexicains.
 

Ecrivain et journaliste Anabel hernandez a publié plusieurs livres d’investigation mettant en cause la collusion entre les narcotrafiquants et certains hommes politiques mexicains.

Son ouvrage sur les cartels de la drogue au Mexique : « Los senores del Narco » lui a valu des menaces et des attaques contre sa famille.

La journaliste témoigne qu’après avoir publié son livre, elle a commencé à se sentir en danger. « Une personne m’a averti que des policiers avaient engagés quelqu‘un pour me tuer ! J'ai été choquée, au point que je n’arrivais pas à y croire », a-t-elle déclaré.

Selon elle, le Mexique est rongé par une violence incontrôlable. Surtout , depuis ces dernières années, en raison du trafic de la drogue qui a impacté la politique sécuritaire menée par le président Enrique Peña Nieto et a engagé le pays dans une guerre entre l’état et les narco trafiquants et a fait plus de 77 000 morts depuis 2006.

« Je refuse de garder le silence »

« Los senores del Narco », publié par la journaliste représente une véritable percée dévoilant la collusion entre les narcotrafiquants et le pouvoir.

Dénonçant la complicité de certains agents de la police avec ces commandos, cet ouvrage a apporté un autre regard sur les enjeux de la guerre anti narco au Mexique.

Annabel considère que les gens ont entièrement le droit d’être alertés de tout ce qui se passe dans leur pays.

Elle précise: « j'ai écrit ce livre afin de révéler aux gens ce qui se passe réellement au Mexique, car je pense qu'un bon journaliste, peut changer l’histoire.

Je refuse de garder le silence, il est de notre devoir en tant que journalistes de révéler la vérité au public. Si les gens n’ont pas accès à une information correcte, la société n’aura pas les données pour prendre les bonnes décisions. Décider sur la base du mensonge ou du manque d’informations est un autre visage de l’oppression ».

En 2012, Annabel Hernandez a reçu le prix de la plume d’or de la liberté de la presse décerné par l’Association Mondiale des Journaux et Editeurs.

Après la publication de son livre, sa vie s’est transformée.

Constamment menacée, son domicile a été attaqué par des hommes armés le 21 Décembre 2013.Heureusement, la journaliste y a échappé, elle se trouvait dehors.

Un coup de chance à l'heure où d’autres journalistes mexicains trouvent la mort dans un pays considéré comme l’un des pays les plus dangereux pour les professionnels des médias.

Selon le comité national des droits de l’homme au Mexique, au moins 86 journalistes ont été tués depuis 2000 et plus de 20 journalistes ont été disparu.

Anabel explique que les médias mexicains ont toujours été sous surveillance et que pour la plupart des journalistes les menaces sont devenues partie intégrante de leur quotidien.

« Personne ne se soucie de la situation des journalistes au Mexique. Menacés, torturés ou assassinés, les gens ne réagissent pas, ils ont peur . Les médias sont soumis à des contraintes financières, la majorité d’entre eux sont tributaires des recettes de la publicité fournie par le gouvernement ou par des sponsors, et si jamais un média évoque le cas d’un assassinat d’un journaliste il sera privé du marché publicitaire».

Lutter contre l’impunité

La journaliste mexicaine ne se montre pas optimiste quant à la lutte contre l’impunité.

Elle atteste : « les lois existent au Mexique, mais elles ne fonctionnent pas. Les fonctionnaires du gouvernement n’appliquent pas la loi, car la mort des journalistes leur importe peu.

Ces lois deviennent un décor qui masque l’omission du pouvoir».

Malgré tous les risques, Annabel se déplace encore sans crainte.

Déterminée à poursuivre son travail, elle aspire à un avenir meilleur où les journalistes et les professionnels des médias pourront mener leurs taches librement.

«Ma vie est pénible, je n'ai pas d’amis, beaucoup d'entre eux ont peur de s'approcher de ma voiture, ils ne veulent pas être victime surtout après l’acharnement des menaces», a-t -elle énoncé .

«Je me sens lassée de devoir me déloger à chaque fois. Certes, le changement est encore loin mais je suis prête à poursuivre mon combat car être journaliste au service de la société est une tâche qui rend mon existence digne ».

 

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