Comment améliorer la sécurité des journalistes en mission ?

Comment améliorer la sécurité des journalistes en mission ?

DCMF s'interroge sur la sécurité des journalistes, après une année particulièrement meurtrière dans la région.
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Sami Saoudi, directeur de MMCC, cherche des solutions informatiques pour améliorer la sécurité des journalistes.

L’anniversaire de la mort de Ali Hassan Al Jaber, associé au lourd bilan du nombre de journalistes qui ont perdu la vie depuis le début des révolutions arabes, nous rappelle que de nouvelles mesures doivent être prises pour améliorer la sécurité des journalistes sur le terrain.

L’année 2011 a été particulièrement meurtrière pour les journalistes. « Malgré des estimations légèrement différentes selon les organisations, il a été confirmé que plus de 100 journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions l'année dernière. » écrivait Anealla Safdar en janvier dernier dans nos colonnes.

Selon l’UNESCO, plus de 500 journalistes et professionnels des médias ont été assassinés dans le monde depuis dix ans. Jim Boumelha,  président de Fédération Internationale des Journalistes, a même doublé cette estimation…

Des mesures de protection insuffisantes

Les moyens mis en œuvre par les rédactions pour protéger leurs journalistes envoyés sur le terrain sont en général assez basiques : gilets  par balle, parfois la mise à disposition de moyens de communication plus élaborés (téléphone satellites) et assurances vie. Il arrive que des formations soient proposées aux journalistes, mais elles demeurent coûteuses et sont loin.

Omar Chatriwala est journaliste au Qatar. En 2008, Al Jazeera lui propose de suivre un entrainement pour professionnels des médias travaillant dans des environnements hostiles avant de l’envoyer en Iraq. La formation, organisée par une entreprise de sécurité basée au Royaume-Uni,  dure cinq jours et la participation du journaliste est entièrement financée par Al Jazeera.

Chatriwala en revient très satisfait « Nous avons entre autre été mis en situation d’enlèvement et avons appris à identifier et éviter les champs de mines».

Mais tous n’ont pas accès à ce type de formations, très professionnelles, certes, mais lointaines et coûteuses. Les journalistes et cadreurs d’Al Jazeera qui se sont rendus en Libye en 2011, n’en ont pas bénéficié.

Démocratiser la sécurité des journalistes

Si des organisations internationales du calibre d’Al Jazeera peuvent malgré tout envoyer quelques employés assister à ces cours, il est nettement moins sûr que les journalistes des pays en voie de développement travaillant pour des médias locaux y aient accès.

Le rôle d’organisations internationales comme DCMF ou l’UNESCO est donc primordial pour pallier au manque d’entrainement de ces journalistes qui travaillent localement. L’UNESCO organisait de décembre dernier, par exemple, une formation de sécurité pour les journalistes d’Afrique de l’Est

Pour rendre la sécurité des journalistes plus accessible, il semble donc nécessaire de mettre en place des mesures de prévention moins onéreuses.

Un exemple de système de prévention

Au Royaume-Uni, une entreprise informatique développe depuis quelques mois une application téléphonique qui permet de suivre à la trace les journalistes sur le terrain. Sami Saoudi, le directeur de cette société, MMCC Consultants, était de passage à Doha la semaine dernière pour présenter le prototype de cette application, Mobile Alert.

Mobile Alert

Capture d'écran du logiciel Mobile Alerte présenté à la chaine Al Jazeera

Le principe est simple : le journaliste en déplacement utilise son téléphone android, iphone, blackberry et windows mobile pour lancer des alertes – parfois automatiquement –  à une personne en back end, en général son rédacteur en chef. Ce dernier peut suivre ses déplacements sur une carte sur internet à laquelle il a accès grâce a un nom d’utilisateur et mot de passe, et grâce à ces alertes qui permettent de le localiser. Le téléphone se sert de la fonction GPS incluse dans 90% des nouveaux téléphones portables.

Il y a quelques mois, MMCC avait mis en place un partenariat avec une société qui produisait des badges envoyant aussi ces alertes. Mais ceux-ci, trop onéreux, ne pouvaient être achetés en grande quantité. « Il fallait donc trouver une autre façon de faire la même chose et de manière plus abordable » explique Sami Saoudi. Ils étaient aussi moins pratiques.

M. Saoudi connait bien les journalistes, il y en a quelques uns dans sa famille. « Lorsqu’un journaliste est en reportage sur le terrain il oublie tout ». Le défi est donc de protéger une personne qui, conscient du danger, cesse de s’en soucier. En plus de l’aspect financier, créer un outil pratique et facile d’utilisation était donc une nécessité.

L’application Mobile Alert devrait être prête à être vendue d’ici trois mois.  Ce système devrait être particulièrement efficace lors de kidnappings de journalistes, encore faut-il qu’il y ait une bonne couverture de réseau, et que le téléphone soit rechargé…

Prise de risque connue

Mais ce type de procédé ne donne-t-il pas simplement l’illusion d’une amélioration d’un dispositif de sécurité ? Si le téléphone de Gilles Jacquier, mort lors d’un bombardement de l’immeuble dans lequel il se trouvait à Homs, le 13 janvier dernier, avait envoyé au directeur de France Télévision une alerte rouge ce même jour, qu’aurai-il bien pu faire ?

Mobile Alert

 

Caroline Poiron, épouse du grand reporter Gilles Jacquier, ainsi que ceux qui l’accompagnaient le jour de sa mort comme Sid Ahmed Hammouche, sont convaincus qu’il a été victime d’un guet-apens. William Daniels et Edith Bouviers, rescapés du bombardement dans lequel ont péri Rémi Ochlik et Marie Colvin, pensent aussi que leur groupe de journalistes avait été visé

Pour tous ces témoins, le régime syrien chercherait à faire fuir les journalistes.  Mais tandis que certains ont longtemps cherché un moyen de quitter l’enfer syrien, d’autres continuent de le pénétrer, le plus souvent illégalement, et dans des conditions extrêmes.

Le journaliste doit-il être traité différemment ?

Le 3 mars, Robert Fisk, correspondant à Beirut du journal anglais The Independant, a loué dans un article controversé le courage des reporters entrés en Syrie mais vivement critiqué la starification de ces journalistes devenus héros en leur pays. L’article original a été traduit par le Courrier International.

« Tout cela a un côté un peu colonialiste », écrit-il. « Nous sommes désormais si habitués aux exploits de ces trompe-la-mort que sont les versions hollywoodiennes des correspondants de "guerre" qu'ils sont, d'une certaine façon, devenus plus importants que les gens au sujet desquels ils témoignent. »

Le même jour, le photographe anglais Paul Conroy qui travaillait avec Marie Colvin au Sunday Times et l’accompagnait à Homs, s’inquiétait devant les caméras de la BBC de l’absence de journalistes en Syrie pour «témoigner » de l’horreur du régime. 

William Daniels a lui aussi insisté sur le rôle crucial joué par les journalistes dans le conflit Syrien en évoquant leur collaboration avec les opposants syriens qui leurs sont venus en aide. « On n'a jamais eu l’impression d’etre instrumentalisé par l’opposition » a-t-il déclaré sur France Info. « Ils faisaient tout pour qu’on puisse aprtir le plus vite possible. Leur intérêt n’était pas qu’on reste à Baba Amr. Leur intérêt était qu’on puisse sortir pour pouvoir parler ».

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