En Hongrie, l'influence d'Orban s'étend sur les médias

En Hongrie, l'influence d'Orban s'étend sur les médias

Un grand quotidien hongrois fermé, un ex-site d'information de référence devenu le bras armé du gouvernement,les médias indépendants peinent plus que jamais à le rester.
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Le quotidien Nepszabadsag- AFP

Un grand quotidien hongrois fermé, un hebdomadaire naguère libéral publiant désormais des encarts anti-UE, un ex-site d'information de référence devenu le bras armé du gouvernement: au pays de Viktor Orban, les médias indépendants peinent plus que jamais à le rester.

"Si quelqu'un m'avait dit il y a cinq ans ce qu'Origo allait devenir, j'aurais crié au fou", soupire Bence Martha, un ancien journaliste de ce site d'information.

Il y a encore peu, le titre passait pour un des plus fiables du pays. Mais en mars, il a violemment attaqué l'Université d'Europe centrale (CEU) créée en 1991 à Budapest par le milliardaire George Soros, une bête noire de M. Orban, l'accusant de "fraude" dans l'attribution de diplômes.

Aucune preuve n'a été apportée et la CEU a formellement démenti. Mais le gouvernement s'est emparé de cette allégation pour faire passer "en urgence" une loi susceptible de conduire à la fermeture de cette institution, malgré les critiques de Washington, de l'UE et plusieurs manifestations à Budapest. La dernière, dimanche soir, en rassemblant des dizaines de milliers de soutiens à l'établissement, a été l'une des plus importantes mobilisations populaires de ces dernières années.

Pour M. Martha, l'histoire d'Origo est l'aboutissement d'un processus engagé dès le retour au pouvoir de M. Orban en 2010, et qui s'est accéléré ces derniers mois.

Racheté en 2014 par un groupe proche du pouvoir, dans un contexte de démissions massives après le limogeage d'un rédacteur en chef qui avait publié un dossier sur des dépenses ministérielles somptuaires, Origo a d'abord maintenu sa ligne éditoriale.

Mais depuis l'arrivée d'un nouveau rédacteur en chef l'an passé, il multiplie les attaques contre l'opposition, les migrants et les ONG, dans la droite ligne de M. Orban, un dirigeant souverainiste régulièrement épinglé pour ses penchants autoritaires et xénophobes.

 Intimidation

Le cas est loin d'être isolé. L'ex-hebdo économique de référence Figyelo, qui en octobre encore dénonçait une tentative d'"intimidation" à la suite d'un article sur une nationalisation bancaire, a lui été racheté en décembre par une autre proche du parti Fidesz de M. Orban, Maria Schmidt. Il relaie ces jours-ci une campagne gouvernementale intitulée "Stoppons Bruxelles!"

En octobre, c'est le quotidien d'opposition Népszabadsag, l'un des premiers journaux d'information du pays, qui cessait du jour au lendemain sa parution avant d'être racheté, avec un groupe de journaux régionaux, par l'oligarque Lorinc Meszaros, maire de la ville d’origine de M. Orban, Felcsut, et intime du dirigeant.

"On observe une coordination claire de l'armée de médias contrôlés par le Fidesz. Des sites internet comme Origo aux tabloïds en passant par la télévision, les mêmes messages sont relayés de la même façon", relève pour l'AFP Gabor Polyak, de l'institut indépendant Mertek.

Depuis 2010, le gouvernement de Viktor Orban a profondément changé les règles du jeu médiatique, s'attirant de nombreuses mises en garde de l'UE.

De nouvelles lois ont théoriquement contraint tous les médias à s'enregistrer auprès de l'Etat et à produire des sujets "équilibrés". Un Conseil des médias, dont les membres sont tous issus du Fidesz, étant en principe chargé de sanctionner les infractions.

Publicités taries 

A l'inverse, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a reproché à la télévision nationale MTV un traitement partisan du référendum anti-migrants organisé --et finalement perdu-- par le pouvoir.

"Les opposants au gouvernement ont toujours des médias à leur disposition", tempère Agoston Mraz de l'institut de réflexion pro-gouvernemental Nezopont.

Une poignée de sites (Index, HVG, 444, 24.hu) et de radios, comme Klub radio, continuent ainsi de revendiquer leur indépendance.

Mais l'absence de recettes publicitaires provenant de l'Etat ou de sociétés qui lui sont proches compromet leur viabilité économique, selon les observateurs.

"Je ne serais pas surpris que le gouvernement s'attaque aux quelques médias indépendants qui restent d'ici les prochaines élections", où M. Orban briguera une troisième mandat consécutif dans un an, confie Andras Pethö, ancien journaliste vedette d'Origo.

Un pôle médiatique semble cependant en capacité financière de résister: celui du magnat Lajos Simicska, devenu en 2015 l'ennemi juré de M. Orban, après en avoir été proche. Celui-ci a récemment affiché une campagne de publicité... du parti d'extrême droite Jobbik.

Le gouvernement et le site Origo n'ont pas souhaité répondre aux questions de l'AFP.

 

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