Il est temps pour une véritable réforme des médias marocains

Il est temps pour une véritable réforme des médias marocains

Anas Bouslamti, journaliste marocain et rédacteur en chef à la chaine de télévision Sky news arabia à Abu Dhabi fut arrêté au moment où il accomplissait sa mission de reporter. Il a frôlé la mort à deux reprises Mais le pire n'est pas arrivé.
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Tout a commencé à l’Institut Supérieure des Sciences d’Information, cette grande école qui a formé les plus brillants journalistes de la radio et de la télévision marocaine.

Après l’obtention de mon diplôme, je me suis rendu en France accompagné d’un certain nombre de collègues qui représentaient le personnel rédactionnel et technique de la première chaine privée marocaine qui portera le nom de la deuxième chaine (2M).

A Paris, j’ai pu poursuivre une formation plus approfondie à l’Institut National de l’Audiovisuel, c’était pour moi une étape très enrichissante grâce à laquelle j’ai pu me rapprocher des médias français et ses chaines publiques et privées.

Un an après, j’ai été de retour au Maroc pour intégrer 2M comme présentateur de la première édition d’information dans la nouvelle chaine marocaine.

C’était pour moi et pour tant d’autres de ma génération un rêve, une expérience unique à travers laquelle nous avons essayé de briser les tabous des médias officiels.

Presse libre…mission dangereuse

Mon passage à la deuxième chaine a connu des hauts et des bas.

Je me souviens du jour où j’avais annoncé la mort de 120 personnes à Fès le 14 janvier, suite à Une intervention des forces de sécurité visant à réprimer les manifestations relatives à la grève générale décrétée par les syndicats, comment nous avons été forcés par le puissant ministre de l’intérieur Driss El Basri à démentir cette information.

En 1991, j’avais accueilli Mohamed Albelaiche, responsable à l’Association Marocaine des Droits de l’Homme, qui avait critiqué la militarisation du nord du Maroc au nom de la lutte contre la drogue.

Suite à ces révélations, Albelaiche a été condamné à deux ans de prison ferme.

Feu Le roi Hassan II s’était mis en colère contre le département des informations, il nous a fallu quelques heures avant d’en découvrir la cause, il s’agissait d’un reportage télévisé datant du 27 février 1991 relatif à la crise du golf dans lequel j’avais critiqué la position du président Bush .

Le pire n’est pas arrivé mais j‘ai eu un arrêt de travail de 10jours.

Le prix d’une ligne éditoriale libre et indépendante

Le plus grave viendra au printemps de 1993, quand j’avais reçu l’ambassadeur irakien Mohamed Nadim Al Yassine dont le discours a provoqué une grande colère à l’ambassadeur koweitien, qui a vivement déploré notre ligne éditoriale.

Suite à cet incident, feu le roi Hassan II avait envoyé le directeur des services secrets le général Abdelkader Al Kadiri pour enquêter sur cette affaire.

Pendant une semaine, j’ai fait l’objet d’un véritable questionnaire centré sur mes relations supposées avec le régime de Saddam Hussein, ainsi que d’autres questions qui ne prenaient pas en considération les spécificités et les contraintes de la profession.

Après la clôture de l’enquête, il été décidé de mon licenciement en raison de la colère de la plus haute autorité du pays, écrasant ainsi la marge de liberté que nous avons cherché à élargir.

L’exil professionnel…forcé

C’est à partir de là, que l’idée de quitter le pays commença à me hanter l’esprit.

Au tout début, j’ai travaillé comme correspondant d’une radio néerlandaise et auprès de la chaine d’Abu-Dhabi en Allemagne entre 1993 et 1997.

Ensuite, j’ai été convoqué par le défunt Mohamed Bahi, afin de participer à la restructuration du journal de l’Union Socialiste.

Aussi, j’ai occupé le poste de conseiller en communication au cabinet du ministère des Habous et des Affaires Islamiques auprès du gouvernement de l’alternance démocratique dirigé par Abderrahmane El Yousfi.

Ce gouvernement qui n’a pu accéder au pouvoir qu’après quatre décennies de lutte politique.

En 1999, ma vocation première était de retour, j’ai quitté encore une fois le Maroc, mais cette fois-ci en destination d’Abou Dhabi TV. Au moment de sa création, ladite chaine brillait à plein feu, spécialement au cours de sa couverture médiatique de la guerre d’Afghanistan et celle d’Irak.

Malheureusement, ce succès n’a pas duré car face aux critiques et aux pressions de Washington, surtout après le retour de l’équipe d’Abu-Dhabi TV de la guère d’Irak en 2004, il a été décidé de revoir sa ligne éditoriale.

Reporter de guerre…un métier à haut risque

Quant à l’importance de l’expérience d’Abu-Dhabi, je tiens à rappeler les deux mésaventures vécues lors de la couverture de la guerre d’Afghanistan et d’Irak.

J’étais sur le champ de bataille à deux reprises en Afghanistan, j’y été pour couvrir la guerre des Talibans.

J’ai failli connaitre le sort tragique des nombreux journalistes tués ou disparus après deux arrestations, si ce n’était l’intervention des autorités marocaines.

La deuxième fois, j’ai été reporter de guerre en Irak en 2003. Là, j’ai préféré pour éviter les mauvaises surprises accompagner comme d’autres journalistes les forces américaines du Koweït à Bagdad.

Cette expérience était complètement différente, marquée par la surveillance de l’armée américaine aux journalistes des chaines arabes.

Il est temps pour une véritable réforme des médias marocains

Ma carrière en dehors de ma patrie ne m’a empêché de suivre ce qui se passe au Maroc avec quelques angoisses dans certains cas.

Ce pays connait une dynamique sans précédent. Toutefois, cette dynamique ne bénéficie pas suffisamment en matière des médias.

Ainsi, il serait nécessaire d’assurer une réhabilitation du secteur des médias en vue d’une réconciliation avec le public marocain qui s’intéressent de plus en plus aux médias étrangers.

 

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