" Nos armes sont caméras "

" Nos armes sont caméras "

Filmer les bombardements, recueillir les témoignages des victimes: tel était le quotidien de Zakwan Hadeed,lorsqu'il était en Syrie. Aujourd'hui, réfugié à Hatay en Turquie, il continue sans relâche à dévoiler les violations commises contre le peuple syrien.
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Zakwan Hadeed.

Ils sont arrivés d'Istanbul, du nord de la Syrie, d’Alep et d’Idlib. Certains d’entre eux ont traversé la frontière à pieds pour pouvoir assister à un atelier de formation sur la sécurité des journalistes organisé par le Centre de Doha pour la Liberté des Médias à Gaziantep. 

Parmi eux Zakwan Hadeed, jeune journaliste syrien indépendant, natif d’Idlib, il s’est installé il y’a deux ans à Hatay, en Turquie.

Dans un entretien avec le Centre de Doha, Zakwan revient sur la situation des journalistes et web activistes syriens et témoigne de son expérience dans un pays ravagé par la guerre

« En mai 2011, j’ai commencé par poster les photos des premières manifestations sur les médias sociaux (Facebook et Twitter). Persuadé que Bachar El-Assad allait vite tomber dans l'euphorie du printemps arabe, j’ai décidé de participer aux manifestations qui ont commencé à secouer le pays, mais le président syrien est resté et la révolution s'est malheureusement transformée en guerre civil ».

Zakwan souligne qu’au début des événements, le peuple syrien voulait la démocratie, il la réclamait pacifiquement, sans violence, mais il s’est vite heurté à l’extrême violence du pouvoir.

« Une manifestation organisée contre le régime Al Assad ! C‘était improbable. La moindre parole prononcée contre Assad valait un voyage sans retour. Il' y a tous justes deux ans, critiquer le régime syrien était presque incroyable ! ».

Le jeune journaliste affirme que depuis le tout début des soulèvements, le gouvernement syrien a usé de diverses méthodes afin de dissimuler la violente répression des protestations. Durant les premiers jours de la révolution, les forces de sécurité ont tiré sur la foule des manifestants pacifistes et des cortèges funéraires.

« Je me débrouillais pour monter discrètement les images et les envoyer à l’extérieur, je filmais les bombardements, la destruction des villes, je me contentais de mettre en ligne des vidéos filmées depuis mon téléphone portable. Aujourd’hui, je réalise des reportages de qualité pour plusieurs réseaux médiatiques syriens et étrangers tels que Sham, Smart, Al Jazeera … ».

Il explique que le régime ne peut plus empêcher la diffusion d'informations ou d'images et que les réseaux développés sont efficaces, ils permettent de suivre ce qui se passe dans chaque ville et village en Syrie.

Le jeune journaliste a pris de l’expérience, il assure désormais le direct pendant des heures pour des chaines satellitaires. Son frère a été arrêté par les forces de sécurité syrienne puis libéré. Pour le régime, Zakwan Hadeed devient une cible.

« Le danger peut surgir de partout »

A l’été 2012, les rebelles s’emparent de quartiers entiers d’Alep, la deuxième ville du pays. Le nord de la Syrie échappe au contrôle du régime et tombe aux mains de combattants, Zakwan maintient son travail de journaliste et dénonce les excès de certains groupes armés. Cette fois-ci, il faut fuir. Il quitte clandestinement la Syrie lui et sa famille et trouve refuge en Turquie.

Le journaliste syrien ne cache pas son pessimisme sur l’avenir de son pays et affirme qu’en fait il est devenu très difficile d’entrer en Syrie, même illégalement.

 « Si par hasard un journaliste arrive à entrer, il n’aura jamais d’informations des deux parties, mais seulement d’une seule, il ne pourra pas inspecter ses informations et couvrir tous les aspects. C’est une dure réalité, les journalistes qui travaillent en Syrie sont constamment menacés non seulement par le régime syrien mais aussi par certains groupes de l’opposition, le danger peut surgir de partout», souligne-t-il.

« Nos armes sont nos caméras »

Zakwan a préféré le journalisme aux combats. Certains  de ses amis ont rejoint des groupes armés. 

En dépit des horreurs dont il est témoin, il affirme avoir la force de continuer à travailler jusqu'au bout.

« J’ai opté pour la résistance médiatique plutôt que la résistance armée, nos armes sont nos caméras. J’ai décidé de risquer, les enlèvements, les tortures, la mort avec des ennemis sur tous les fronts : le régime au pouvoir, les combattants, les malfrats et les jihadistes ».

Il souligne que l’efficacité croissante des journalistes et des journalistes citoyens syriens n’est pas passé inaperçue au sein des grands réseaux médiatiques, journaux, radios et chaines satellitaires.

« En raison des difficultés d'accès pour les journalistes étrangers, tous ces médias ont recours à nos services. Ce travail nous prend énormément de temps et de l’énergie et ne paye pas assez. La majorité des médias ne se soucient guère de notre sécurité, les rédactions économisent les coûts du matériel et rares ceux qui bénéficient d’une assurance».

Selon Zakwan l’engagement des médias devrait être plus important pour les journalistes et journalistes citoyens syriens. Le conflit est essentiellement couvert par des Syriens, cela ne veut pas dire que l’on profite d’eux.

« Les journalistes syriens partent à l’étranger, beaucoup d 'entre eux s'installent  en Turquie, ces journalistes ont besoin de tout: de matériel, d’assurance, mais aussi de formations ».  

Entre deux séances de formation, le jeune journaliste prend un café à l’hôtel de Gaziantep, regarde les gens : « la Syrie semble loin, elle n'est qu'à 70 kilomètres…, s’exclame-t-il. 

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