Un jeune blogueur a été condamné le 27 juin à huit mois de prison avec sursis et 100.000 dinars (1.000 euros) d'amende à Alger pour avoir appelé sur le net à boycotter les élections législatives du 10 mai 2012.
Le tribunal correctionnel de Sidi Mhamed " a condamné Tarek Mameri, 23 ans, à huit mois de prison avec sursis et à 100.000 dinars d'amende" pour "destruction de biens d'autrui, incendie de documents administratifs et incitation à l'attroupement", a annoncé la juge Assia Chekal.
Selon l'avocat du jeune homme, M. Amine Sidhom il s'agit là "d'une condamnation des militants des droits de l'Homme. Nous allons faire appel et prendre toutes les dispositions légales pour faire annuler cette condamnation", a-t-il ajouté.
Le jeune blogueur a déclaré à l'AFP à l'issue de son procès: "la durée de la peine n'est pas importante puisque je considère que le tribunal m'a condamné injustement".
Tarek Maméri a été arrêté le 2 mai après avoir diffusé sur le net des vidéos appelant à ne pas voter au scrutin législatif.
Le procureur avait requis trois ans de prison ferme le 14 juin dernier.
Les autorités avaient lancé une très importante campagne pour appeler les électeurs à aller voter, craignant un fort absentéisme qui aurait nui au train de réformes politiques en cours du président Abdelaziz Bouteflika pour parer aux risques d'un Printemps arabe.
Plus de 50% des 21,6 millions d'électeurs algériens avaient boudé ces élections, bien que le gouvernement se soit félicité qu'environ 43% se soient déplacés aux bureaux de vote.
Deux autres journalistes inculpés pour "diffamation "
Une autre journaliste du quotidien régional Akher Sâa a été condamnée, lundi 25 juin, à deux mois de prison ferme pour diffamation, bien que le délit de presse soit dépénalisé depuis fin 2011.
La journaliste, Fatma-Zohra Amara, a également été condamnée à payer 20.000 dinars (200 euros) d’amende et à verser 100.000 dinars (1.000 euros) de dommages et intérêts au plaignant. Ce dernier, ancien responsable de l'hôpital d'Annaba (600 km à l'est d'Alger) avait déposé plainte contre elle pour avoir rapporté les minutes de son procès pour "harcèlement sexuel" contre une de ses employées.
Il est reproché à cette journaliste d'avoir rapporté dans les colonnes du quotidien Akher Sâa (Dernière heure) "les minutes du procès de l'ex-directeur de l'hôpital en question, accusé de harcèlement sexuel par une employée de cet établissement", a précisé le journal dans un communiqué.
Pour le Syndicat National des Journalistes, "ce verdict, prononcé par le tribunal de Annaba est d'autant plus surprenant que le code de l'information ne prévoit plus des peines d'emprisonnement pour délit de presse depuis la révision de cette loi en novembre 2011".
Mme Amara s'est déclarée "très choquée par la sévérité de la condamnation, surtout que le président Abdelaziz Bouteflika s'était engagé à garantir la liberté de la presse et d'expression et que le parlement a adopté une loi dépénalisant le délit de presse". "Je ferai appel de cette décision jeudi", a-t-elle déclaré.
Selon le syndicat, un autre journaliste du quotidien La Nouvelle République a déjà été condamné il y’ a dix jours à deux mois de prison ferme et 500 euros d'amende par le tribunal de Mascara (à l'ouest d'Alger) pour diffamation envers la directrice départementale des impôts.
Le Syndicat National des Journalistes a appelé à "la cessation immédiate de cette campagne judiciaire à l'encontre des professionnels des médias".
Il s'interroge, "légitimement, sur les motifs de cette subite tentation de retour aux années de plomb", période pendant laquelle plusieurs journalistes avaient été condamnés à des peines d'emprisonnement pour diffamation ou outrage à institutions ou corps constitués dans les années 2000.
Le parlement algérien avait adopté en fin 2011 une nouvelle loi sur les médias prévoyant une dépénalisation du délit de presse, dans le cadre de réformes politiques menées sous l'égide du président Bouteflika dans la foulée des révoltes arabes.




