Congrès du PCC : la censure chinoise resserre encore la vis à internet



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Ce mercredi s'est ouvert le 19e congrès du parti communiste chinois (PCC), qui devrait voir confirmer l 'irrestible ascension de Xi Jimping. Le président chinois a affirmé, lors d'un discours fleuve en introduction aux deux semaines du congrès :

"Chacun d'entre nous doit en faire davantage pour défendre l'autorité du Parti et le système socialiste chinois et s'opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper."

Ce rappel à l'ordre vaut pour tous les pans de la société, y compris pour le numérique : de fait, la censure sur internet en Chine, déjà trèsmarquée depuis des mois, s'est encore alourdie dernièrement. 

WhatsApp, étranglée par étapes

Restreinte ces mois-ci, la messagerie WhatsApp est maintenant complètement bloquée dans le pays. C'était le dernier service de Facebook qui marchait encore pour les Chinois, où le réseau social est bloqué depuis 2009 et où Instagram n'est pas accessible non plus, a relevé le "New york Times.

A partir de septembre, c'est l'ensemble de la messagerie qui n'a plus fonctionné en Chine, même pour l'échange de textes. Sapant, au passage, les efforts continus de Mark Zuckerberg pour séduire les dirigeants du pays, entre apprentissage du chinois et jogging palce Tianmenn .

Cette censure devrait pousser les utilisateurs en Chine à utiliser à la place de WhatsApp des services que les autorités préfèrent parce qu'elles peuvent les contrôler, comme le très répandu Wechat (à la fois messagerie, réseau social, service d'achat et de paiement), proposé par la compagnie internet chinoise Tencent.

WeChat bloque la modification des profils

Docile envers le régime (tout en étant un espace d'expression pour jouer à cache cache avec la censure ), WeChat vient à son tour de montrer des signes de verrouillage manifestement liés au congrès du PCC : ses 900 millions d'utilisateurs ne peuvent dorénavant plus modifier leur pseudonyme, leur photo de compte ou leur devise, et ce jusqu'au 31 octobre.

Ce blocage a été signalé par le Britannique Matthew Brennan, blogueur spécialiste de WeChat. Il permet d'éviter la diffusion d'images ou d'opinions non agréées par le pouvoir, que des mauvais esprits auraient pu faire via une mise à jour de leur profil WeChat.

Techcrunch, qui rapporte cette nouvelle restriction, rappelle que WeChat comme Weibo, équivalent chinois de Twitter (ce dernier étant, comme Facebook, interdit en Chine), censurent de longue date des mots clés interdits. Et depuis 2016, WeChat a meme enlevé une fonctionnalité qui permettait à ses utilisateurs de savoir qu'un des termes qu'ils employaient était censuré.

Weibo, qui revendique 340 millions d'utilisateurs (actifs par mois), a en outre ordonné en septembre à ses utilisateurs d'enregistrer leur identité réelle, avec un délai d'une semaine. On ne sait pas comment le réseau social a agi avec ceux qui n'avaient pas obtempéré après ce délai.

Winnie l'ourson, censuré après les canards jaunes

Cet été, l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur la cybersécurité a encore renforcé le controle gouvernemental sur internet : le refus d'accorder des licences à des services de réseaux privés virtuels (VPN, pour virtual private network) a entraîné leur suppression dans le pays, par plusieurs plateformes.

Impossible dorénavant d'utiliser un VPN non agréé par les autorités (autrement dit imperméable à leur curiosité) pour les clients d'Amazon ou d'Apple – dont l'iPhone a pour premier marché la Chine. L'usage d'un VPN permettait de contourner la censure – de même que l'emploi d'une messagerie chiffrée comme Whats up.

Même si VPN ou WhatsApp n'étaient utilisés que par une minorité d'internautes, les censeurs chinois n'ont manifestement plus l'intention de laisser cette fenêtre ouverte.

Signe d'une extrême tension, la surveillance s'exerce même sur des détails qui peuvent sembler anodins : ainsi l 'image de Winnie l 'ourson est-elle depuis quelques mois censurée sur Weibo dès qu'elle est accompagnée de texte.

Pourquoi ? Parce que le personnage est comparé depuis trois ans à Xi Jimping de façon plutôt souriante.

Ce n'est pas la première fois que la censure chinoise frôle l'absurde : en 2013, l'expression "gros canard jaune" était proscrite sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche en Chine, parce que des internautes avaient détourné la célèbre image d'un homme à Tiananmen , seul face à une colonne de chars  blindés, en remplaçant ces tanks par des canards en plastique géants.

 

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